Quand la technologie aide l’observance médicale
Maladie chronique
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Quand la technologie aide l’observance médicale

Selon l’Organisation mondiale de la santé, dans les pays développés, seul un patient sur deux atteint de maladie chronique suit correctement sa prescription médicale. En France, ce défaut d’observance a un coût : plus de neuf milliards d’euros par an. Un problème que certaines technologies peuvent en partie résoudre.

Asthme, diabète, insuffisance cardiaque, troubles psychiatriques : de nombreuses maladies chroniques nécessitent une prise en charge constante sur le long terme. Pour être efficace, un traitement doit être suivi rigoureusement et cette observance thérapeutique idéale (au-delà de 80% de suivi des prescriptions) se heurte à bien des écueils : « Chez les adultes comme chez les enfants, l’oubli, la mauvaise technique de prise ou simplement la lassitude restent les principales causes d’interruption d’un traitement », explique Elodie Loisel, cofondatrice de Ludocare, start-up lauréate du programme French IoT 2020.

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Résultat : les impacts humains, sociaux et économiques s’accumulent. L’asthme constitue ainsi l’une des principales causes d’absentéisme scolaire. Quant au diabète, maladie qui nécessite une gestion autonome tout au long de la vie, il représente l’une des premières causes d’amputation en France (environ 8 000 chaque année, selon l’Institut national de veille sanitaire).

Des outils agiles qui s’adaptent à chaque patient

Face à l’observance, chaque maladie chronique a ses spécificités. Dans le cas du diabète, les questions du suivi et du matériel constituent de vrais freins : « Le diabétique doit gérer lui-même sa glycémie au quotidien. Pour cela, il dispose de son glucomètre et d’un carnet de suivi qu’il doit remplir pour indiquer à son médecin quelle dose d’insuline il s’injecte. La plupart du temps, c’est un outil que les patients abandonnent vite », détaille Isabelle Guéguen, directrice marketing de Diabnext, autre lauréat de French IoT cette année. L’idée de la start-up est donc de digitaliser ce carnet à travers une application.

Pour cela, elle a dû contourner un autre problème : « Les diabétiques ont leurs habitudes avec un certain type de matériel et ne veulent pas forcément en changer. Comme chaque fabricant a sa propre plateforme de récolte de données, les professionnels de santé s’y perdent. » D’où l’idée d’une plateforme universelle qui analyse les données de n’importe quel appareil, quel que soit son fabricant. Un simple module Bluetooth, adaptable au glucomètre et au stylo à insuline permet de faire l’interface entre les outils et l’application.

Voilà pour les adultes. Mais la chose se complique parfois quand il s’agit de suivre le traitement des enfants. « Face à eux, la vulgarisation des gestes tient une importance capitale. Car, si un médicament est mal pris, être observant ne sert à rien », précise Élodie Loisel. La start-up Ludocare a donc fait le choix de solutions orientées vers ce public, portée par une certitude : « Un enfant observant est un futur adulte observant. »

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Leurs robots Joe et Léo miment systématiquement avec les enfants les gestes à réaliser et leur offrent une récompense après la prise. De quoi ramener un peu de sérénité dans le foyer : « Les parents culpabilisent d’imposer cela à leur enfant. C’est souvent un sujet de dispute. De l’autre côté, les enfants en ont marre de se sentir différents. En introduisant cet ami, on met de la douceur et du plaisir dans la relation », analyse-t-elle.

Impact humain

Du côté des soignants, l’arrivée de nouvelles technologies suscite parfois des craintes. « Une solution technologique, quelle qu’elle soit, est souvent une manière de changer le fonctionnement de services qui font déjà face à de fortes tensions humaines et budgétaires. Les réticences sont normales. Et c’est souvent parce qu’un leader voit l’intérêt de la solution et se l’approprie que les choses se débloquent », confie Isabelle Guéguen. Le professeur Roussel, chef du service de diabétologie de l’hôpital Bichat, a joué ce rôle pour permettre l’adoption de Diabnext par l’ensemble des services de l’AP-HP.

Aujourd’hui, cette solution est utilisée dans 70 services hospitaliers en France. Les robots de Ludocare ont quant à eux intégré près de 200 foyers ou centres médicaux. Une preuve que les technologies connectées suscitent un intérêt dans le domaine de l’observance médicale. Reste à évaluer l’utilité de ces outils sur le long terme. Pour Diabnext, les premiers résultats sont humains : « On se rend compte qu’avec notre solution, un patient échange avec son diabétologue une fois par semaine, au lieu de deux fois par an en temps normal. Ce renforcement du lien est capital dans des maladies où les patients ont l’impression d’être livrés à eux-mêmes », confirme Isabelle Guéguen.

Du côté de Ludocare, les premières études cliniques vont être menées dès janvier sur la mucoviscidose et l’asthme afin de valider le rôle de Joe et Léo dans l’amélioration de l’observance. Les résultats qui nécessitent une observance sur le long terme devraient être connus en 2023.

French IoT – Illustration Shutterstock.com

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