Agriflux, transport en commun de produits locaux
Start-up du mois
Temps forts

Agriflux, transport en commun de produits locaux

Plus facile à dire qu’à faire, l’organisation de circuits courts auprès de petits producteurs agricoles exige une logistique bien rodée. Telle est la mission que s’est assignée la start-up du mois Agriflux. Ses fondateurs œuvrent en terre occitane mais affichent une ambition nationale.

Comparer les start-up à des jeunes pousses qui surgissent de la terre est devenu monnaie courante. La métaphore agricole correspond tout particulièrement à Agriflux. Et pour cause : la PME de treize personnes facilite le transport des produits agricoles en circuit court de proximité.

Agriflux est né de la fusion de deux projets. Avant de se rencontrer en 2021, ses quatre associés formaient deux tandems distincts. D’un côté, entre Lille et Paris, les ingénieurs Nils Olivier et Martin Bué ont quitté fin 2019 l’Institut national de recherche en sciences de l’informatique pour imaginer un système de transport en commun de produits locaux agricoles. Ce sera Le Chemin Des Mûres.

De l’autre, en région Occitanie, Jean-Marc Thouy et Tiphaine Elise ont créé Agriflux dès 2015. Cet agriculteur ancien élu local s’est associé à une logisticienne pour organiser le transport des marchandises agricoles locales. Leur fort ancrage territorial dans le Sud-Ouest a séduit Nils Olivier et Martin Bué, qui s’étaient mis en quête d’une solution efficace pour organiser les circuits courts.

Une logistique locale, alternative à une logistique centralisée

Pour les circuits longs, la chose est entendue. Dans l’hexagone, un réseau en étoile regroupe en effet les produits agricoles vers des points de rassemblement comme Rungis. La grande distribution et les grossistes y regroupent les volumes de marchandise de façon à massifier au maximum en remplissant les moyens logistiques à pleine charge.

Massifier : tel est le mot clé de la logistique. Or, Nils Olivier, le responsable Innovation d’Agriflux, observe que « ces systèmes nationaux et internationaux ne fonctionnent pas à l’échelle des territoires. Pour des transports alimentaires sur des petites distances, ça n’a pas de sens de passer par des revendeurs intermédiaires à Rungis pour faire revenir ensuite le produit près de chez soi ! Pour autant, sur des échelles locales de ventes alimentaires, il y a plus de vente directe et donc un plus grand fractionnement des flux. Chacun fait les livraisons de son côté et la logistique ne s’en trouve pas massifiée ».

Charge à Agriflux de mutualiser lesdits flux. Mettons-nous à la place d’un petit paysan, éleveur, laitier, maraîcher ou même brasseur. S’il doit livrer dix clients en une journée, il va s’improviser livreur en crapahutant par monts et par vaux. Le voilà qui perd un temps précieux et gaspille de l’essence pour rouler le camion à moitié vide. Cet exemple n’a rien d’abstrait. 85% du temps, un producteur utilise son propre véhicule pour livrer.

Quand la magie algorithmique opère en faveur de l’agriculture

C’est là qu’intervient Agriflux. Grâce à son savoir-faire logistique allié à un puissant outil algorithmique, la start-up est capable d’organiser la livraison de centaines de producteurs vers des centaines de clients chaque jour. Une sacrée gageure. Avec l’Occitanie comme foyer d’implantation géographique, Agriflux livre des restaurants, magasins bios et autres cantines en produits directement issus des petits producteurs locaux.

Moyennant 20 euros (maximum) par point de livraison, ces derniers livrent l’esprit tranquille via l’application ou le service téléphonique Agriflux. « On est très agile sur l’organisation de la logistique. Le producteur travaille avec nous quand il en a envie, ajuste sa production comme il le veut. On ne lui impose pas de contraintes de volume minimal ni même un abonnement récurrent » ¸détaille Nils Olivier. Le laitier, brasseur ou fermier qui perdait six à 10 heures par semaine en livraison économise ainsi un temps précieux qu’il peut consacrer à la production ou à la prospection commerciale.

Du producteur au consommateur, tout le monde y gagne. Les élus locaux ne s’y trompent pas. Agriflux suscite l’intérêt de collectivités territoriales tels que le département du Loiret, la chambre d’agriculture de Bretagne ou d’intercommunalités de la Côte d’Armor. Aujourd’hui, plus de trois cents projets alimentaires territoriaux visent à rendre la consommation alimentaire plus résiliente et autosuffisante.

Viser haut tout en gardant les pieds sur terre

Agriflux n’y voit pas seulement l’opportunité d’élargir sa base géographique hors des frontières de l’Occitanie. Certes, d’un point de vue pratique, les collectivités locales les orientent vers les écosystèmes de producteurs, les aiguillent vers des financements et préparent les partenariats stratégiques de demain. Nils Olivier et ses associés affichent cependant un autre niveau d’ambitions économiques, écologiques et humaines.

On veut vraiment avoir un impact sur la société. Nous voulons mettre en place des circuits locaux tout aussi performants que les circuits nationaux et internationaux.

Nils Olivier, co-fondateur d’Agriflux

D’une part, afin de multiplier les sources d’approvisionnement alimentaire, ce qui permet de parer une éventuelle défaillance – Agriflux n’a pas attendu la crise du blé russo-ukrainienne pour le savoir… D’autre part, des décennies d’industrie agro-alimentaire relayée par la grande distribution impose de renouer le lien entre producteur et consommateur. L’approche de la start-up est aussi une démarche citoyenne: permettre à des milliers de producteurs de vivre correctement de leur production dans tous les territoires, en nourrissant une population qui redécouvre le vrai goût et le sens d’une alimentation locale.

Et si l’écologie rimait enfin avec l’économie ? C’est peut-être l’aspect le plus pragmatique de ces startupers qui ont des rêves plein la tête mais les pieds bien ancrés au sol. Plutôt que d’alimenter desboutiquesbios réservées à quelques privilégiés, Agriflux voudrait faire baisser les prix locaux.Il est vrai quele coût du transport d’un produit local représente entre 20% et 50% de son prix de vente final.Objectif d’Agriflux : ramener ce taux à 10%.

Reprendre le contrôle des tarifs, élargir à l’échelle de la France ce qu’ils accomplissent déjà en Occitanie, reconnecter les consommateurs à la terre… Agriflux ne manque pas d’ambitions. Et laboure le champ du futur.

Partager

Articles similaires

Illustration Les Biens en Commun