La levée de fonds, « c’est aussi une aventure humaine »
Interview
Start-up attitude

La levée de fonds, « c’est aussi une aventure humaine »

La levée de fonds est l’un des points critiques à aborder pendant la croissance d’une start-up. Stéphane Bunouf, président d’Asteyryos group, distille quelques conseils précieux.

La levée de fonds, sur le papier, ne présente que des avantages pour une jeune pousse en plein développement. Elle apporte de l’argent frais et se révèle aussi être un formidable atout pour communiquer autour de son projet.

La plupart des médias, spécialisés dans les nouvelles technologies ou non, se font en effet l’echo de ces opérations financières au montant souvent impressionnant.

Et l’année 2017 a été riche sur ce point côté français. Selon les chiffres du Baromètre CB Insights, un peu plus de trois milliards de dollars ont été investis dans les start-up du mouvement French Tech l’an dernier. Un record, établi au moyen de 743 opérations (513 en 2016).

Stéphane Bunouf, président et fondateur d’Asteyryos group (Melyad – Byzence – myoption.co) , qui a déployé la première offre globale de financement à destination des entreprises innovantes, rappelle les points-clés que doivent garder en tête les jeunes entrepreneurs à l’heure d’enclencher une levée de fonds.

Des planètes alignées

Pour Stéphane Bunouf, les premières interrogations quant à l’opportunité de lever des fonds doivent se coupler avec un contexte favorable. Un « alignement des planètes », selon lui : « Une bonne idée, un bon produit ou service, un marché porteur, au bon moment. »

La levée de fonds va ainsi permettre de « matérialiser une ambition » sur un marché où il faut aller vite. Et pour prendre place rapidement sur un marché, il faut une équipe. « La croissance va de pair avec le talent, être capable d’investir dans une bonne équipe est essentiel » mais, surtout, averti Stéphane Bunouf, il peut se passer un certain temps « entre le moment où l’on active la force de vente et celui où le cash commence à rentrer ». « Il y aura donc forcément un trou à un moment donné, sauf modèle miraculeux. »

Gare aux fonds propres

Le président d’Asteyryos met en garde : pour bénéficier de financements publics ou bancaires, il faut disposer de fonds propres. « Une condition, d’entrée de jeu, car vos fonds propres seront une référence pour définir les sommes dont vous pourrez bénéficier. »

Le montant de votre capital social, vos apports en comptes courants d’associés seront donc décisifs. « Un financeur, public comme bancaire, ne va pas vouloir prendre plus de risques que vous en avez-vous-même pris », prévient Stéphane Bunouf. « Si vous espérez obtenir 50 000 euros complémentaires, mieux vaut déjà les avoir en banque. C’est d’ailleurs tout le bénéfice d’une augmentation de capital : elle permet de faire levier auprès d’autres partenaires financiers. »

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Identifier ses besoins

Les planètes sont alignées. C’est le moment de se lancer. Vient la phase délicate, celle de la définition du montant de la levée. Là, « il faut essayer de déterminer au plus juste son besoin. Et définir ensuite la bonne stratégie pour construire un plan de financement équilibré entre la levée de fonds et les autres sources de financement telles que le financement public, la banque ou le crowdfunding. Un besoin de 500 000 euros n’entend pas toujours une levée de 500 000 euros auprès d’investisseurs », précise notre expert.

La somme dont on a besoin ne doit pas dépendre que de la levée de fonds. Pour le fondateur d’Asteryos, toute entreprise qui s’apprête à lever des fonds « doit connaître les autres dispositifs qu’elle peut activer avant ou après, comme le crowdfunding ou le prêt bancaire. Elle verra ainsi comment elle peut adapter le montant de sa levée, afin de ne pas céder trop vite trop de parts de la société ».

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Dans l’Internet des objets, souligne-t-il « on peut obtenir assez rapidement des Poc pour tester sa solution auprès de clients, contrairement à certains secteurs comme la biotech. Cela permet, assez vite, d’être un peu plus fort pour aborder une levée de fonds ».

Quant au montant, il n’y a pas de règle. Simplement, « plus une structure a les moyens de développer son chiffre d’affaires avant de lever des fonds plus elle est forte dans les négociations. Il faut bien manager sa levée, quitte à ce qu’elle soit un peu moins importante au début, mais qu’elle permette d’aller plus vite sur le marché, pour ensuite être de plus en plus fort et lever d’autres fonds. Le montant d’une levée de fonds devra être un savant équilibre entre les objectifs de l’entreprise, les moyens nécessaires pour les atteindre et la part de capital que les fondateurs sont prêts à céder ».

« L’erreur, ajoute Stéphane Bunouf, est d’être enfermé dans une espèce de grille et de ne voir la levée de fonds qu’au travers d’un montant symbolique. Il faut adapter son prévisionnel aux ambitions de l’entreprise sur trois à quatre ans. Cela permet d’apprécier les grandes étapes de développement et peut-être de définir un besoin inférieur qui permettra de couvrir les dépenses d’une première étape. Organiser sa levée de fonds sur plusieurs phases permet de limiter la dilution de son capital et surtout de revoir peut-être ses besoins à la hausse en cas d’accélération. »

Monter une dream team

Il n’y a pas que la qualité du projet qui va motiver des investisseurs. Comme au football, la composition de l’équipe va jouer.

« Il faut une Dream Team pour lever des fonds, explique Stéphane Bunouf. Il vaudra toujours mieux avoir un projet moins flamboyant mais avec une bonne équipe, plutôt qu’un super produit avec une équipe moins solide. »

Pour cela, il faut essayer d’équilibrer les forces, entre qualités « techniques », sens du business et fibre commerciale. Erreur classique : « Les entreprises françaises sont souvent montées par des techniciens, un peu perfectionnistes, qui souhaitent s’attaquer à un marché avec un produit fini. Ils auront tendance à penser que comme leur produit est le meilleur, il se vendra facilement. Comprendre les besoins de ses clients, proposer une solution ergonomique, prévoir ses étapes et moments de commercialisation sont essentiels. Quel que soit le montant qu’on cherche à lever, il faut se souvenir que le capital est un moyen, l’objectif reste la réalisation du chiffre d’affaires. »

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Le dossier, les démarches

Les relations humaines sont à soigner en prévision de la levée. Pour Stéphane Bunouf, « il faut être visible pour attirer l’attention, occuper les réseaux sociaux, prouver que l’entreprise est compatible avec son marché, qu’elle suscite l’intérêt de ses clients ou des consommateurs. Il y a aussi pléthore de rencontres autour de thématiques ciblées. Il faut s’y présenter, aller voir les gens, se donner les moyens de convaincre. Le pitch n’est pas réservé aux investisseurs, chaque occasion de présenter son entreprise est à saisir. ».

Pour le dossier, outre le prévisionnel sur trois ans, souhaitable, il s’agit « ni plus ni moins que d’une version écrite de son histoire ». Avec l’explication du business model et du business plan. Lequel est l’histoire, chiffrée cette fois, de celle que l’on vient de raconter. « C’est par cette histoire que les fonds vont devoir être convaincus », insiste le président d’Asteryos.

Parfois, deux pages suffiront. Tout dépend à qui on s’adresse. « Il faut donner envie. Voilà notre produit, pourquoi on peut gagner, quelle est notre équipe, notre proposition de valeur… Si l’ensemble des arguments est cohérent, il n’y a pas de raison que votre entreprise ne suscite pas l’intérêt d’un investisseur. »

Se donner le temps

Ne pas vouloir aller trop vite est l’un des paramètres à garder en tête. L’urgence entraîne souvent oublis et erreurs. Et pas seulement. « Certains arrivent en disant que la levée doit être bouclée avant l’été. Or, dans 95% des cas, ces levées d’urgence sont mal perçues par les financeurs, qui peuvent être effrayés, précise Stéphane Bunouf. Cela laisse à penser que vous êtes à court de cash et cette urgence peut provoquer un deal ultra-favorable pour le financeur et un déséquilibre pour votre équipe. »

Certaines situations nécessitent pourtant d’aller vite. Sans qu’il n’y ait de mauvaises raisons. Pour notre expert, « le mécanisme classique c’est de se dire j’ai besoin de fonds, j’anticipe sur six mois ou un an ».

Anticipation, voici le maître-mot pour une stratégie de financement réfléchie, « articulée autour de plusieurs possibilités et dans un timing qui ne soit pas trop stressant pour le chef d’entreprise ».

La levée de fonds, aussi « une aventure humaine »

On reste sur l’anticipation puisque lever des fonds, « c’est aussi lâcher une part de mon entreprise à des fonds, ce qui aura probablement un impact sur la gouvernance de la société », rappelle Stéphane Bunouf. Qui insiste : « C’est accepter de faire entrer au capital de nouvelles personnes qui auront un droit de regard sur la stratégie de l’entreprise mais qui pourra aussi donner son avis sur la couleur du logo… Lever des fonds c’est aussi choisir de nouveaux partenaires. Et dans un partenariat, plus les choses ont été définies en amont moins il y a de surprises au fil de la relation qui vous lie avec vos investisseurs. »

On se rassure, tout peut très bien se passer. « La levée de fonds est une aventure conditionnée par des besoins de financement mais c’est aussi une vraie aventure humaine. Il ne faut pas voir le fonds comme un simple financier, mais comme quelqu’un qui va vous ouvrir les portes du business, va vous faciliter la vie sur diverses questions, pas seulement avec le cash qu’il met mais aussi avec l’équipe qu’il va mettre à votre disposition. »

Enfin, lorsque l’on sollicite plusieurs fonds à la fois, « il ne faut pas être focalisé sur le meilleur prix mais sur le meilleur deal de façon globale. L’équipe, si elle le peut, doit miser sur le fonds qui sera le plus à même d’accompagner son développement, ce qui sera profitable au business. Et toujours garder à l’esprit qu’une levée de fonds est un  formidable effet de levier pour aller mobiliser des financements complémentaires. »

Benjamin Hay – Illustration Pixabay.com

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