GovTech en France : du potentiel et des freins à lever
Avis d'expert

GovTech en France : du potentiel et des freins à lever

Sur le marché de la commande publique, les start-up et les PME innovantes ont encore du mal à se faire une place : seulement 2% des offres leur reviennent, alors que les exemples de réussite ne manquent pas.

Dans le cadre du GovTech Summit, mi-novembre, le fonds d’investissement « Public » a dévoilé un rapport qui analyse les forces en présence et les perspectives du secteur. Son coauteur, la consultante Marie-Barbe Girard, nous en livre les grandes lignes.

French IoT : Quels étaient les objectifs de ce rapport « Govtech en France » ?

Marie-Barbe Girard : Au départ, l’idée de Public, en partenariat avec le cabinet Roland Berger, était d’établir un panorama de ce qui se fait aujourd’hui, en France, en matière de GovTech. Pour cela, nous avons mené, avec Gabriel Fonlladosa, plus de cent entretiens avec des représentants du secteur public, des investisseurs et des start-up qui travaillent avec l’État français ou un de ses services.

Nous voulions proposer un regard nouveau sur tous les acteurs de cet écosystème, mais aussi identifier des jeunes pousses prometteuses, mieux comprendre ce qui pouvait les freiner dans leur développement et émettre quelques recommandations qui nous semblent essentielles.

« Une GovTech ne peut se contenter de faire du Business to Government »

Fr.IoT : Qu’est-ce qui ressort de votre étude ?

M.-B.G. : Nous avons d’abord identifié sept thématiques verticales du secteur : la santé, l’éducation, les secours, la défense, la ville intelligente, les nouvelles mobilités et l’emploi. Le concept de GovTech désigne simplement toute start-up fournissant un service innovant à un acteur public. Ainsi, des entreprises plutôt identifiées Health Tech comme Doctolib entrent dans ce champ parce qu’elles travaillent avec l’Assistance publique des hôpitaux de Paris.

Tout cela nous renvoie à une constante de cet écosystème : une GovTech ne peut pas se contenter de faire du Business to Government ou « B2G », parce qu’il très difficile d’entrer dans le système de la commande d’État et de se développer exclusivement grâce à elle. Selon nos estimations, plus de neuf start-up sur dix travaillent aussi avec le secteur privé.

Fr.IoT : À quoi ressemble l’écosystème français ?

M.-B.G. : Nous avons évalué la taille du marché à seize milliards d’euros par an. De manière générale, en France, le secteur reste dominé par quelques grandes entreprises, ce qui le rend difficile d’accès pour les nouveaux entrants. À cela, il faut ajouter le cycle de vente dont le rythme lent et l’échelle parfois très grande sont difficilement compatibles avec la structure d’une start-up.

Les procédures d’achats publics ont pourtant été simplifiées, mais cela demeure encore trop complexe. 58% des entreprises interrogées estiment d’ailleurs qu’il est difficile de répondre à un appel d’offres.

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« Autant de bénéfices que de champs d’application des GovTech »

Fr.IoT : Que peuvent apporter les GovTech à l’État français ?

M.-B.G. : En fait, il y a autant de bénéfices possibles que de champs d’application des GovTech. Nous avons évoqué Doctolib au début de cet entretien, mais, à la croisée de la santé et de la ville intelligente, j’aurais aussi pu mentionner Ambler qui digitalise la commande de transport sanitaire. Cette start-up a conçu une plateforme qui permet au personnel médical de gagner du temps lorsqu’il a recours à un transport pour le patient.

Au-delà de l’optimisation de la réservation, un tel service permet aussi de mieux cibler le recours à certains transports couchés et d’économiser ainsi 30 à 50% de budget. La collaboration entre la start-up Yes We Hack et le ministère des Armées est aussi très intéressante. Grâce à ces hackers éthiques, l’institution teste la vulnérabilité de son système informatique afin d’en renforcer la sécurité.

Fr.IoT : Et comment booster leur développement ?

M.-B.G. : Nous avons effectué quinze recommandations, mais les principales tiennent en cinq rôles de l’État. Il y a la mission d’orchestrateur et, sur ce point, il faut se fixer des objectifs ambitieux : passer à 10% de start-up dans la commande publique d’ici 2025 nous semble primordial. Il faut aussi que, dans son rôle d’acheteur, le gouvernement simplifie l’accès au marché public. Cela passe par la pérennisation du décret « Achat innovation » qui permet de supprimer l’appel d’offres pour tout achat de service innovant au-dessous de 100 000 euros.

Enfin, l’État doit jouer un rôle d’investisseur, de laboratoire et de facilitateur. Il y a une leçon à tirer de l’exemple de grandes entreprises publiques, comme La Poste, qui ont développé des services grâce à des start-up avec lesquelles elles ont appris à travailler en écosystème. Pour une jeune pousse GovTech, le plus dur reste de passer à l’industrialisation. Et c’est là que les institutions ont un rôle majeur à jouer.

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French IoT – Illustration Shutterstock

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