French IoT : ils racontent leur après-concours
Interview
Start-up attitude

French IoT : ils racontent leur après-concours

Plusieurs mois ont passé depuis leur participation au concours French IoT : Icare Technologies, A.I.Mergence et Hydrao racontent la suite de leur parcours.

Quelques heures après l’ouverture du CES de Las Vegas, où participent les quinze lauréats de la quatrième édition du concours French IoT, zoom sur le chemin parcouru par trois start-up qui ont pris part aux précédentes saisons :

Icare Technologies : « Une vingtaine de brevets et vingt-cinq salariés »

Lauréat du concours French IoT 2016

Innovation : une bague connectée pour le paiement sans contact

Interview : Georges Bot, en charge des partenariats et des opérations

« Après notre venue au CES, il y a deux ans, il s’est passé énormément de choses. A la suite de notre accompagnement par French IoT, l’effet fusée post-CES a été énorme !

La visibilité a vraiment été le gros plus de notre expérience French IoT, puisque la communauté communique beaucoup. Au-delà d’être une communauté, c’est aussi un label, une reconnaissance de notre projet : il plaît et est relayé. Des mises en relation et des phases de test ont pu être possibles, ce qui a démontré la faisabilité du projet.

Grâce à la visibilité que l’on a pu avoir, nous avons réussi dans les mois qui ont suivi à faire une grosse levée de fonds -2,5 millions d’euros- auprès d’un fonds d’investissements privé. Cela nous a permis à la fois de financer la recherche et développement, nos brevets -on a pu en déposer d’autres- et de recruter l’équipe qui nous entoure aujourd’hui.

Après une deuxième participation au CES -avec le Village by CA-, nous avons fait une phase de test grandeur nature, où nous avons pu mettre à l’épreuve tout l’écosystème de la bague. Nous voulions montrer qu’elle ne faisait pas que du paiement mais qu’elle pouvait embarquer d’autres usages, comme déverrouiller et démarrer son véhicule, payer sur des montants au-delà de 30 euros, déverrouiller sa chambre d’hôtel et même démarrer un jet-ski ! Nous avons invité une trentaine d’influenceurs pour cette phase de test qui a duré plus de deux semaines. Nous avons aussi reçu une subvention de plus de deux millions d’euros.

En deux ans, la société a énormément progressé. Depuis le moment où l’on est partis avec La Poste jusqu’à maintenant, on a levé environ cinq millions d’euros de fonds. Nous disposons d’une vingtaine de brevets pour vingt-cinq salariés, à Paris et Ajaccio.

La bague sera prête en B2B en Q2 2019 et nous avons une très grosse annonce à faire en janvier au CES 2019, puisque nous y repartons sur un stand encore plus grand.

Notre objectif est de conquérir le marché français, puis l’Europe et le monde. Nous essayons de nous faire la main d’abord en France, sur différents secteurs : celui du paiement -pour sa maturité-, puis viendront ceux de la billettique, du véhicule et de la smart home avec la domotique et les serrures connectées. »

A.I.Mergence : « Nous sommes devenus l’une des sociétés référentes

sur la robotique en France »

Lauréat du concours French IoT 2017

Innovation : un robot intelligent et autonome dédié à la sécurité le logement

Interview : Théophile Gonos, président-fondateur

« Au moment du concours French IoT, nous étions en pleine phase de réflexion : on se posait la question de continuer ou non. L’accompagnement offert par le programme puis la bouffée d’adrénaline qu’est le CES de Las Vegas, où des représentants d’iRobot -le leader mondial du marché du robot aspirateur- nous ont dit que nous étions la meilleure chose qu’ils ont vu dans leur catégorie sur le salon, ont été ultra-valorisants et nous ont fait dire qu’on ne pouvait pas arrêter…

Nous sommes donc repartis du bon pied, en réorganisant la société, en l’orientant vers le B2B pour mieux la préparer au B2C ensuite, en voyant comment on pouvait lever proprement des fonds dans un domaine où il est très difficile d’en trouver. Nous sommes fiers du chemin parcouru même si, évidemment, ça ne va jamais assez vite ! Tout en gardant en tête que nous sommes dans un domaine, la robotique, où ça ne peut pas aller plus vite.

Le concours French IoT, avant même d’aller au CES, nous a beaucoup apporté sur la partie coaching. On a passé une semaine intensive où on a étudié tous les aspects de notre business, on nous a donné des conseils, on a rencontré des gens, on nous a aussi appris à parler aux nord-Américains !

Au CES, ensuite, le stand de La Poste est très visible, plus que celui d’autres Français, ce qui attire davantage les gens et la curiosité, ne serait-ce que pour nous demander ce que nous faisons ici, avec La Poste. Ça nous a permis d’être reconnus par tout le monde.

A ce moment-là, nous étions en B2C, ce qui était assez compliqué car nous sommes dans le hardware, avec un robot, qui n’est pas un petit objet et qui demande énormément d’argent. Nous n’étions peut-être pas encore suffisamment prêts au moment d’aller au CES, mais c’était bien d’y aller pour voir.

Après cette participation au CES, nous avons donc bifurqué sur notre modèle économique. Et au niveau de la notoriété, ça a changé énormément de choses. Dès qu’un journaliste va voir une organisation qui nous connaît pour avoir un témoignage d’entrepreneur, elle pense à nous, ce qui nous a valu plusieurs interviews dans de grands médias nationaux. Et même plus : dernièrement, nous avons été conviés à un déjeuner avec un comité de députés sur la robotique. Nous sommes désormais reconnus parmi les dix ou quinze sociétés d’influence dans ce domaine en France.

Nous sommes aujourd’hui en pré-industrialisation et cherchons à faire des Poc avec des entreprises. On a aussi décroché des bourses de recherche avec des laboratoires français. Nos ambitions sont aujourd’hui de pouvoir faire des tests grandeur nature dans les entreprises, pouvoir y positionner plusieurs robots, car nous travaillons en flotte, avec plusieurs robots qui vont collaborer entre eux.

Nous avons deux modèles possibles : soit on continue avec un modèle récurrent de tests et de développement de la société petit à petit avec une industrialisation progressive, soit nous levons des fonds auprès d’un industriel pour viser une industrialisation massive et une commercialisation en B2C par la suite, ce qui reste notre objectif à terme. Si tout va bien, d’ici six mois, nous devrions être en capacité, justement, de lever des fonds. »

Hydrao : « Le matin c’est l’Asie, le midi l’Europe et le soir les États-Unis ! »

Lauréat du concours French IoT 2015

Innovation : un pommeau de douche connecté, pour une consommation d’eau plus raisonnable

Interview : Eric Burkel, co-fondateur

« Le concours French IoT nous a d’abord apporté une visibilité, car c’est une force de frappe -comme Business France- qui n’a pas de commune mesure. Au CES, nous avons même pu donner notre pommeau de douche à Emmanuel Macron (NDLR : alors ministre de l’Économie, en 2016) ! Après le CES -et c’est un autre avantage de French IoT-, nous avons été accompagnés pendant l’année et nous avons pu participer à d’autres évènements. Et d’autres salons, c’est encore plus de visibilité et de contacts.

Nous sommes maintenant treize personnes. Pour moi le matin c’est l’Asie, le midi l’Europe et le soir les États-Unis. Nous avons grandi et gagné notamment un gros appel d’offres à Singapour fin 2017. L’office national de l’eau (PUB) nous a commandé 10 000 douches, ce qui nous ouvre l’Asie car il s’agit d’une référence mondiale au niveau de la gestion de l’eau. Ce mois-ci, je me rends à Dubaï pour le World Energy Summit, le Moyen-Orient étant un gros marché potentiel pour nous, tout en regardant toujours vers les États-Unis et l’Angleterre.

Le développement est long, car chaque pays a sa certification à obtenir, qui coûte cher et qui nécessite un certain nombre de formalités administratives. Mais le marché est là, il n’y a aucun souci, il faut juste être patient et franchir les étapes une par une.

Nous sommes passés dernièrement en commission de certification en Angleterre. On croise les doigts car c’est un marché colossal, où le poids du régulateur est très fort pour faire des programmes de déploiement assez agressifs en matière d’économie d’eau. Ils ont toutes les incitations financières et les pénalités qui nous permettront de bien y travailler, ce qui sera possible avec la certification.

Aux États-Unis, nous sommes en train de nous faire référencer par un géant de l’énergie, qui a plus de vingt millions de clients. Si on en capte ne serait-ce que 5%… Nous pilotons enfin, avec deux grandes universités via un protocole stratégique avec une chaîne d’hôtels, le covédeloppement d’un produit nouveau pour les hôtels, que l’on vient de lancer, avec son aide, puisqu’elle a capté une subvention d’un fonds d’investissements qui aide à financer des projets de développement durable dans le tourisme. Cette chaîne vient de nous commander une centaine de douches pour l’hôtel qu’elle va ouvrir à la Nouvelle-Orléans en février. Nous avançons brique par brique ! »

Propos recueillis par Benjamin Hay – Illustration © wellphoto – Fotolia.com

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