Comment la technologie optimise les secours
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Comment la technologie optimise les secours

Horaires décalés, astreintes, imprévisibilité des interventions : les services de secours sont naturellement soumis à des contraintes physiques et mentales qui augmentent le risque d’accident. Des enjeux auquel les outils numériques peuvent répondre.

Choisir un métier de secours, surtout lorsqu’il s’agit d’un engagement volontaire, relève parfois du sacerdoce tant les impacts sur la vie privée et sur la santé peuvent être importants. C’est justement pour réduire cette charge et optimiser l’équilibre vie privée/engagement professionnel que Marc Riedel, docteur en chronobiologie, a fondé avec Martial Boulesteix et Pierre Bourgeoisat, la start-up AUM Biosync : « J’ai l’habitude de dire que, pour un pompier, il y a des rendez-vous à ne pas manquer, où il faut être au maximum de ses capacités, quelle que soit l’heure. Or, tout cela a un coût humain et social très fort, avec des carrières parfois intenables. »

Dans les cinq premières années de leur parcours, quatre pompiers volontaires sur dix abandonnent ainsi leur engagement, en grande partie à cause de l’épuisement émotionnel.

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Dimensionner les équipes, faciliter les décisions

Dans ces métiers aux conditions d’exercice très particulières, l’enjeu de gestion de la performance des équipes opérationnelles reste primordial. Avec ses trois applications (Ops Ready, Op Team et Time Keeper), AUM Biosync -lauréat du concours French IoT 2019- propose une série d’outils qui favorisent la prise de décision. « Nos algorithmes permettent à l’utilisateur d’accéder à une information de meilleure qualité. Ils prolongent le bras, mais ne remplacent pas le cerveau et la prise de décision revient toujours aux opérationnels », explique Marc Riedel. Les solutions de la start-up sont donc conçues pour répondre à la question du « quand » qui préoccupe tous les services de secours.

Une application comme Op Team permet ainsi d’optimiser la couverture opérationnelle en temps réel, grâce à un savant calcul de répartition des effectifs et des engins. « L’application simule, au niveau horaire, les besoins humains et matériels. Elle a aussi une valeur prédictive, car le manager peut jouer sur différents facteurs afin de mesurer l’impact d’un poste en moins par exemple », précise Marc Riedel. Actuellement en phase de test auprès des 4 500 agents du service incendie de Seine-et-Marne, cette application devrait bientôt être commercialisée.

Des applications 100% RGPD

Pour progresser, les modèles d’AUM Biosync se nourrissent évidemment de données personnelles. Mais la sensibilité et l’expérience des équipes (dont plusieurs membres sont eux-mêmes volontaires dans des services de secours) les fait avancer dans une démarche profondément éthique. « La donnée que nous récoltons est traitée de manière sécurisée. Une fois que le modèle est créé, elle est anonymisée puis restituée à son propriétaire. Nos solutions sont donc 100% RGPD », poursuit Marc Riedel.

De tels dispositif peuvent générer des bénéfices en matière de turnover, mais aussi de santé, d’attractivité des métiers, voire de recrutement, puisqu’une application comme Time Keeper, fondée sur les principes de maîtrise du rythme biologique, peut repérer les aptitudes d’un candidat à bien supporter certaines conditions de travail. Son champ d’action pourrait même s’étendre à d’autres corps de métiers soumis à des horaires atypiques et à des contraintes de vigilance (services d’entretien des autoroutes, des voies ferrées, équipes de veille informatique, etc.).

En attendant, AUM Biosync se concentre sur les Services départementaux d’incendie et de secours (SDIS), secteur qui représente un budget de cinq milliards d’euros à l’échelle nationale.

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French IoT – Illustration Shutterstock

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